Livres
La stratégie du Choc : la montée d’un capitalisme du désastre
Naomi Klein - Actes Sud – Leméac, Montréal (Canada). Collection Questions de société – 28 avril 2008
Qu’y a-t-il de commun entre le coup d’Etat de Pinochet au Chili en 1973, le massacre de la place Tiananmen en 1989, l’effondrement de l’Union soviétique, le naufrage de l’épopée Solidarnosc en Pologne, les difficultés rencontrées par Mandela dans l’Afrique du Sud post-apartheid, les attentats du 11 septembre, la guerre en Irak, le tsunami qui dévasta les côtes du Sri Lanka en 2004, le cyclone Katrina, l’année suivante, la pratique de la torture partout et en tous lieux – Abou Ghraïb ou Guantánamo – aujourd’hui ?
Tous ces moments de notre histoire récente, répond Naomi Klein, ont partie liée avec l’avènement d’un “capitalisme du désastre”.
Approfondissant la réflexion militante entamée avec son bestseller No Logo, Naomi Klein dénonce, dans La stratégie du choc, l’existence d’opérations concertées dans le but d’assurer la prise de contrôle de la planète par les tenants d’un ultralibéralisme toutpuissant. Ce dernier met sciemment à contribution crises et désastres pour substituer aux valeurs démocratiques, auxquelles les sociétés aspirent, la seule loi du marché et la barbarie de la spéculation.
Remarquablement conduite et documentée, cette histoire secrète du libre marché, qui dessine une nouvelle éthique de l’investigation journalistique, s’affirme comme une lecture indispensable pour réévaluer les enjeux des temps présent et à venir, vis-à-vis desquels les citoyens du monde portent, ensemble, une responsabilité impossible à déléguer.
Les illusions libérales, individualisme et pouvoir social
Jean-Léon Beauvois – Presses Universitaires de Grenoble, 2005
L’individu des Lumières a succombé à l’ère de la communication, de l’audiovisuel et aux subtiles propagandes médiatiques, victime de formules du marketing des agences et autres slogans de grands communicateurs de la globalisation. Il n’est aujourd’hui qu’un élément de la masse la plus manipulable qui soit, décrite avec acuité comme la ” masse des individus ” uniformisée, modélisée, consensuelle, silencieuse et béate. S’appuyant sur les données anthropologiques de l’origine et de l’invention du pouvoir, Jean-Léon Beauvois dénonce la coupure libérale qu’on a établi entre, d’une part, le champ politique où s’exerçaient nos libertés individuelles et, d’autre part, notre existence sociale qui nous voit le plus souvent soumis dans l’univers du pouvoir social (pouvoir des chefs et directeurs, des professeurs, des médecins, des fonctionnaires…). En notre qualité d’agent social, l’illusion de liberté nous conduit à trouver des justifications à notre obéissance comme à nos démissions en nous convainquant de leur caractère rationnel et de leur nécessité interne. Coauteur du Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens et auteur du Traité de la servitude libérale, Jean-Léon Beauvois élargit ici sa réflexion et étend considérablement son univers de référence (analyses politiques, sciences psychologiques, sciences de la communication, préhistoire, histoire…) pour se livrer à une critique sans concession de notre vie politique et sociale dite ” démocratique ” – en fait libérale – et de nos valeurs dites humanistes et universelles – de fait individualistes et dominatrices. Il nous livre un ouvrage ample et original, écrit dans un style alerte, passionné et sans fard.
Politique du rebelle : Traité de résistance et d’insoumission
Michel Onfray – Grasset 1999
Poursuivant l’exploration de sa philosophie hédoniste, Michel Onfray en aborde, avec ce nouveau livre, le versant politique. Voici donc, magnifiée, la figure du rebelle dont le génie colérique porte, à travers l’histoire, l’irrépressible désir de révolution.
Une mystique de gauche ? A coup sur. Avec ses arrière-mondes anarchistes. Avec sa volonté si actuelle de réenchanter un monde soumis à l’économisme. Avec son idéal de plaisir opposé à cet idéal ascétique que la droite n’en finit pas de célébrer.
Reprenant l’histoire là où elle a manifesté pour la première fois ce génie singulier, Michel Onfray propose un achèvement de Mai 68 qu’il reconsidère à la lumière d’une fin de siècle convaincue de la mort des idéologies collectives.
Dans cet éloge du gaz lacrymogène, on découvrira des occasions de redonner à la force un statut en politique sous les formes de la désobéissance, de la résistance, de l’insoumission, de l’insurrection.
Cette Politique du rebelle est, assurément, le livre le plus radical, le plus violent de l’auteur de La Sculpture de soi.
Audio
La guerre des capitalismes
Ecoutez l’émission de France Culture du 16 juin dernier, avec entre autres invités Naomi Klein, journaliste canadienne auteur de No Logo et dernièrement la stratégie du choc.
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